Je ne sais pas quoi mettre comme titre

J’ai été pas mal discrète, voire absente, sur les réseaux sociaux depuis plusieurs semaines. Faut dire qu’avec tout ce qui se passe dans le monde présentement, je ne sais plus trop où me mettre, quoi faire, quoi dire…

J’ai écrit Ces machines parce que j’avais besoin d’une soupape de ventilation. J’en avais assez des injustices, de l’individualisme, de voir le monde s’entredévorer. J’étais aussi beaucoup affectée par les tentatives de venir poser un pipeline de pétrole sale en terre témiscouataine. De voir qu’on pouvait accepter l’idée de mettre en péril les ressources, le lac, l’économie de la région pour que quelques-uns puissent s’enrichir.

Si j’ai penché vers le cynisme et la dystopie pour écrire ce livre, je doit admettre que ça quand même été une thérapie des plus efficaces. Ça m’a permis de faire la part des choses. D’accepter que le changement passe avant tout par les petits gestes humains, qu’il prend du temps à opérer. Pis là, quand je vois du monde essayer de ressusciter le projet d’oléoduc pareil comme un zombie, après tout le travail que les militant·e·s ont mis pour sensibiliser la population, j’ai un peu l’impression de reculer. Pis c’est pas le pire de nos problèmes présentement, vous en conviendrez.

En novembre dernier, j’ai commencé le premier jet du projet Pirates d’eau douce. Je voulais que ce soit une histoire de hopepunk, un roman d’anticipation qui montre un futur optimiste. J’ai rushé longtemps, fixé mon écran des heures sans rien écrire. Les scènes étaient claires dans ma tête, mais mes doigts hésitaient. Une résistance empêchait les mots de s’écouler normalement. C’est en tournant un vlog que j’ai réalisé que la situation socio-politique causait mon blocage. Et ce constat m’a permis de comprendre pourquoi c’était important de l’écrire, cette histoire.

J’ai réussi à finir le premier jet malgré tout. J’ai retrouvé ma motivation. J’ai attaqué les autres projets avec optimisme. Puis, en janvier, la réalité nous a tou·te·s rattrapé·e·s. Les réseaux sociaux semblent s’être transformés en dépotoirs à ciel ouvert; fake news, contenu généré par IA, fin de la modération… J’ai quitté le bateau assez rapidement. Je ne vais plus sur Insta que pour aller voir mes messages de temps en temps. Moi qui aimait tant la communauté dont je m’étais entourée là. Je me suis ouvert un compte sur BlueSky, mais encore là, je ne sais pas quoi dire face à l’hostilité qui nous entoure.

J’essaie de retravailler ma nouvelle pour l’atelier de Minuit. Pas évident de trouver la motivation, même si écrire me fait toujours du bien.

Ça me prenait quelque chose pour m’évader un peu, me recentrer. Ce sont les zines qui sont venus à ma rescousse. C’est un univers qui m’intrigue depuis plusieurs années. J’ai fait un premier mini-zine l’été dernier pour offrir un de mes textes aux personnes que je rencontrais lors des marchés. Depuis, j’ai échangé avec des gens et approfondi mes recherches sur le sujet. Je suis tombée dans un véritable rabbit hole!

Photo de trois mini-zines intitulés La Banshee, J'ai oublié le titre et Mots d'espoirs pour des temps obscurs
Quelques mini-zines que j’ai confectionnés pour le plaisir ces derniers mois

À travers la tourmente, j’alimente ma créativité en fabriquant des trucs pour le simple plaisir. Créer des zines est un excellent moyen de faire un pied de nez aux normes et aux conventions. De revendiquer, partager quelque chose en toute simplicité, sans passer par le long processus de l’édition.

D’ailleurs, au sujet de l’internet qui devient une dompe, je suis tombée sur Human > algorithms de Juliana Sekai, qui parle justement de son sentiment envers le web. Je vous invite vraiment à découvrir son zine, et si vous voulez, vous pouvez voir le processus de l’autrice ici.

Inspirée par sa liste pour rendre l’internet «fun again», j’ai décidé de dresser ma propre liste d’actions pour diminuer ma charge mentale digitale. Je vous la partage ici. Peut-être que ça peut vous inspirer.

Infographie ayant pour titre Charte digitale et représentant cinq fenêtres contextuelles.
Première fenêtre: Déconnection
Lire un livre ou un zine 
Aller marcher dans le bois
Deuxième fenêtre: Embrasser le chaos  
Détourner les réseaux sociaux pour en faire une utilisation autre que celle suggérée 
Troisième fenêtre: Rejeter la performance  
Poster au moment où ça me tente et à la fréquence que ça me tente  
Quatrième fenêtre: Connection humaine 
Plus de blogues/vlogs, moins de réseaux sociaux pour documenter mon processus  
Laisser des commentaires gentils sur le travail des créateurices 
Cinquième fenêtre: Briser l’algorithme  
Recommencer à acheter ma musique auprès des artistes 
Utiliser mon lecteur de feed pour suivre plus de blogues d’artistes  

Quelques autres suggestions pour vous aider à naviguer:

  • Utilisez https://quillbot.com/ai-content-detector pour détecter les textes générés par IA (à date, ça fonctionne super bien, reste à voir combien de temps avant que l’IA réussisse à générer des textes indétectables).
  • Installez un lecteur de feed RSS sur votre navigateur ou votre téléphone. Ça vous permet de suivre plein de blogues et d’infolettres, sans algorithme ni trop de publicités, et ainsi avoir un vrai feed d’informations qui vous intéresse.
  • Tombez avec moi dans le rabbit hole des zines.

Pour me remonter le moral, je relis Le Seigneur des Anneaux (le chapitre La voix de Saruman est tellement d’actualité et m’a beaucoup fait réfléchir) et j’écoute en boucle Tempête de cerveau de Joe Robicho.

Pis vous autres? C’est quoi vos trucs pour affronter la tempête?

Je vous laisse sur ces mots que j’ai déposés ici en 2022 et qui résonnent plus que jamais en moi:

«La pandémie laisse une marque profonde dans nos esprits et les conflits qui s’ajoutent à ce contexte nous rendent impuissant·e·s. C’est pourquoi je trouve plus important que jamais de continuer à créer, à réfléchir, à aider. Pas pour fermer les yeux ni agir comme si tout ça n’existait pas. Mais plutôt pour éviter de focusser sur la haine. Pour éviter de la faire grandir en nous. Parce que la beauté est en chacun.e d’entre nous et nous avons tou·te·s le pouvoir de faire de ce monde un endroit meilleur.»

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