
La dernière fois que je vous ai écrit, on approchait de la journée la plus longue de l’année. Et là, on est rendu à ce moment où il y a plus de noirceur que de clarté. Déjà. Je n’ai pas vu l’été passer. Entre l’édition de mon projet Ténèbres et les rénos de mon bureau, j’ai l’impression qu’il n’y a pas eu d’été. Que je l’ai manqué.
Maintenant que les journées refroidissent et que les arbres se colorent, j’accueille ce changement de saison avec enthousiasme. Même si je suis toujours en édition et que les cours à temps partiel ont repris, je sens enfin que je peux me reposer. Avec mon nouveau coin lecture (et surtout mon éloignement des réseaux sociaux), je me suis remise à lire plus souvent. Je réapprends la lenteur. Oui, cette lenteur qu’on avait apprise pendant le confinement de 2020 et qui nous a échappé avec ce «retour à la normalité».

Mais dans cette petite bulle que je me suis conçue, je continue d’observer le monde de loin. Et cette semaine, je suis tombée sur le texte de Daphnée Roy, finaliste aux Prix de la création Radio-Canada dans la catégorie récit. Elle y raconte les aléas de sa vie d’aspirante autrice et comment ceux-ci l’ont entraînée dans une descente vertigineuse.
Son histoire m’a rejoint. M’a rappelé le côté sombre du milieu littéraire. Celui dont on n’ose jamais parler. Par peur de je ne sais quoi.
En lisant le texte de Daphnée, je repense à des auteurices qui au cours des dernières années ont fait des burnouts à cause de la pression mise par leur maison d’édition. Des burnouts qui les ont rendu·e·s incapables à faire ce qu’il.elle.s aimaient le plus : écrire.
C’est une horreur pour moi d’imaginer en arriver là un jour. C’est le pire scénario pour un·e auteurice que de perdre sa passion.
Les refus, les deadlines impossibles, les résiliations de contrats, le pilonnage sans préavis… Et j’en passe. Toutes des histoires dont j’ai entendu parler depuis que je suis dans le milieu du livre. Et chaque fois, quelqu’un nous disait que ça fait partie de la game. On n’y peut rien. Les maisons d’édition sont des entreprises qui doivent rentrer dans leurs frais… Toujours des excuses qui en réalité normalisent certaines conditions de travail néfastes ainsi que le salaire presque inexistant des auteurices. Car on va se le dire, avec un salaire de moins de 5$ de l’heure, on ne peut accepter socialement que des auteurices n’aient aucune reconnaissance de la part de leur milieu.
Le problème est justement là : dans la normalisation de ces pratiques. Déjà qu’on dit aux aspirant·e·s auteurices de ne pas s’attendre à faire fortune dans ce métier, il faudrait en plus les préparer à se faire traiter avec aussi peu de considération?
Non, la solution n’est pas simple. Oui, on aurait besoin de l’implication du gouvernement et des entreprises pour avoir un milieu littéraire plus équitable. Mais il faut arrêter de normaliser le fait que les auteurices soient payé·e·s un maigre salaire et qu’en plus, on exige d’eux et elles la docilité la plus exemplaire. J’aimerais qu’à la place de minimaliser leurs problèmes, on prenne le temps de s’interroger sur la façon dont on pourrait renverser la vapeur.
Je suis une auteure privilégiée. J’ai un travail assez bien rémunéré pour me permettre de refuser les heures supplémentaires et ainsi me consacrer quotidiennement à l’écriture. Je suis entourée de personnes positives. Mes ami·e·s, ma famille, mes collègues auteurices. Alors, même quand je suis dans le bas de la montagne russe artistique, j’ai toujours beaucoup d’appuis pour m’aider à remonter la pente. Et j’en suis profondément reconnaissante.
Mais si tu lis le texte de Daphnée Roy et que tu t’y reconnais, je veux juste te dire que tes sentiments sont valides et justifiés. Peu importe qui essaie de te faire croire le contraire. Et si tu as perdu le goût d’écrire, je te souhaite de tout mon cœur de le retrouver. De retrouver cette flamme qui te fait sentir vivant·e.
Vous pouvez lire le texte de Daphnée Roy, Pity party, ici.
Et l’article de l’Infodimanche qui en parle, ici.